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La donnée : l’or noir du cyberespace

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La donnée : l’or noir du cyberespace

Si on vous demande de citer les planètes, vous énumérez certainement Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et peut-être Pluton. Il faudra désormais en ajouter une autre qui est le cyberespace. Cette planète qu’on n’a pas explorée avec des fusées mais dans laquelle on vit déjà avec une connexion sur son smartphone. On y vit, donc on laisse des traces. Toutes ces traces laissées sur la toile sont des informations collectées pour servir des mécanismes de ciblage marketing pour des entreprises, de l’espionnage, de la compétition stratégique entre les pays. Les données à caractère personnel sont des ressources qui peuvent être considérées comme les nouveaux barils de pétrole de ce siècle.  

Les datacenters sont désormais les puits creusés à la terre promise.

Pour avoir une idée plus précise de la notion de donnée, il faut savoir que lorsqu’on crée un compte Instagram, on crée de la donnée, si on accepte un ami sur Facebook, on crée une donnée en faveur de l’algorithme de suggestion d’amis de la plateforme. Si on regarde un film sur Netflix, on laisse une trace qui va servir à l’algorithme de recommandation des films. Ce n’est pour rien que lorsque vous aimez le football ou la mode, les plateformes sur lesquelles vous êtes connectés vous suggèrent du contenu allant dans ce sens. Cela veut juste dire que nos traces sont exploitées pour mieux nous suivre et personnaliser nos expériences. 

 Par conséquent, les données sont des ressources utiles collectées par les entreprises pour construire des modèles plus robustes qui peuvent offrir une meilleure expérience aux clients. Si aujourd’hui on compare la donnée au pétrole c’est parce qu’elle sert de carburant pour l’analyse et l’intelligence artificielle créant ainsi des centres de profits gigantesques. La donnée est la nouvelle pétrole du siècle est une analogie que nous devons au mathématicien britannique Clive Humby. 

 Le traitement et la valorisation des données a permis à des entreprises comme les GAFAM de doubler leur valorisation boursière entre 2019 et 2020. 

Aujourd’hui, Facebook avec ses plus de 2,7 milliards d’utilisateurs actifs mensuels a une valeur boursière qui dépasse le PIB des pays comme la Suède, la Belgique ou encore la Thaïlande. 

 En 2020, Apple représentait 32% du chiffre d’affaires des smartphones, et si on pense aux systèmes d’exploitation, 88% des ordinateurs sont équipés du système de Windows. 

La donnée a fait de la Silicon Valley californienne un véritable Eldorado, rêve de tout orpailleur.

La donnée : une arme de compétition et de destruction

Aujourd’hui, au-delà de l’usage commercial des données pour le ciblage de clientèles, la manière dont les données sont collectées, stockées, protégées, utilisées et transférées au-delà des frontières nationales devient un enjeu géopolitique. Si une puissance comme la Chine insiste sur la nécessité d’avoir une souveraineté sur son cyberespace, c’est pour protéger à tous les niveaux l’intégrité territoriale du pays. 

La notion de frontière devenue obsolète à l’ère des technologies, la circulation fluide des donnés au-delà des territoires et sous le contrôle de multinationales qui sont en train de concurrencer la puissance des États, facilite et élargit les options adoptées pour entretenir des stratégies de cyberguerre et de cyber-espionnage. En outre, la donnée a ouvert le boulevard à de nouveaux acteurs non-étatiques dans la sphère diplomatique et rend les relations plus imprévisibles. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux,  le massacre des Ouïghours est documenté et des citoyens permettent d’augmenter la pression internationale sur la Chine pour mettre fin à ce crime contre l’Humanité. Les données circulent et imposent une nouvelle architecture à la géopolitique qui impose d’ériger la cyberdéfense en un nouveau pilier pour la souveraineté. 

Véritable levier de compétition entre les États, l’exploitation des données peut faire parfois des dégâts plus importants que les missiles. 

A titre d’exemple, En décembre 2020, SolarWinds, une entreprise américaine qui développe des logiciels pour la gestion centralisée des réseaux, des systèmes et de l’infrastructure informatique est attaquée par un groupe de hackers d’élites russes appelés Avanced Persistent Threats (APT). Les APT, Contrairement aux cybercriminels, ont des objectifs géopolitiques notamment les récoltes d’informations, les manœuvres de dissuasion ou la destruction d’emplacements stratégiques. Cette attaque a touché le Trésor et le Département du commerce américain ainsi qu’une entreprise de cyber-sécurité, FireEye.

Ce genre d’attaque démontre que la donnée est un instrument de la realpolitik et confirme le fait que la détention de l’information est gage de pouvoir et de pas en avant sur l’ennemi.

Il est dès lors essentiel de miser davantage sur les stratégies de cyberdéfense à la pointe et de renforcer les capacités des datacenter.

Comme si les mêmes schémas se dessinaient encore, les grandes puissances ne pourraient-elles pas écraser les petits pays sur ce terrain ?

Quels sont les enjeux pour un continent comme l’Afrique ?

Le Far-West du cyberespace africain : les risques de devenir une cyber-colonie

Il y a des scénarios sur lesquels d’autres grandes puissances sont venues piller les ressources du continent. Mais à l’ère du numérique, la donnée est une ressource qui se crée dès qu’on est connecté. Par conséquent, les autres continents produisent plus de ressources car étant plus connectés et sont en avance sur la prise de conscience des enjeux cyber-sécuritaires et la mise en place d’un dispositif de défense solide. 

Une bonne partie de la population africaine est absente du cyberespace et n’est pas au fait des enjeux économiques et politiques de ce phénomène. De faibles infrastructures font de la connexion un luxe dans certains pays. Par exemple, en République centrafricaine ou en Guinée, une connexion haut débit peut coûter jusqu’à 500 dollars par mois

Cette fissure cybernétique est mise en évidence par une enquête de la Commission de l’Union Africaine sur les tendances de la cyber sécurité et de la cybercriminalité en Afrique qui a souligné que seulement 15 pays africains ont mis en place une législation en matière de cybercriminalité.

Au niveau international, au moment où des pays parlent de leur politique de souveraineté numérique, le continent ne compte que 80 Centres de Données dont la moitié est implantée en Afrique du Sud.

Si l’Afrique n’a pas des structures pour stocker, contrôler, standardiser ses données sur son sol, ce sont d’autres pays et d’autres multinationales qui vont exploiter ces failles et avoir le monopole non seulement d’un marché mais aussi d’une parcelle de souveraineté.

Comme condamné dans une spirale de drame, on ouvre la brèche pour le cyber-colonialisme. Ce concept renvoie à « la politique ou la pratique permettant de prendre le contrôle total ou partiel du cyberespace d’un pays par des technologies et de l’exploiter économiquement ». 

L’Afrique a de véritables défis à relever en matière d’infrastructures et de prise de conscience sur les enjeux liés aux nouveaux visages de la diplomatie, de la géopolitique et de la défense, lesquels sont fait plus d’algorithmes que de sommets. Ces efforts doivent passer par une législation uniformisée qui encadre ce secteur, collaborer pour la construction de centres de traitement de données régionaux, et insister sur le pouvoir d’avoir le contrôle sur nos données sur le continent. 

La technologie a relancé les dés et créé de nouvelles rivalités. S’il faille en arriver à une Organisation des cyber nations unies, l’Afrique devra avoir son veto.

Auteur: Pathé DIEYE, Brand & content manager de Polaris Asso

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