Au Sénégal, 87% des personnes interrogées utilisent internet quotidiennement, et 76% d’entre elles s’y informent principalement via les réseaux sociaux. Ce chiffre, à lui seul, résume un paradoxe démocratique majeur : les mêmes outils qui ont élargi l’espace public et renforcé l’engagement citoyen sont devenus les vecteurs privilégiés de la désinformation. Pour 84% des répondants, les campagnes électorales constituent le moment le plus propice à la propagation des fake news — et les autorités politiques en sont perçues comme les principaux auteurs, à hauteur de 63%.
Ce livre blanc, produit par Polaris Asso à partir d’une enquête menée auprès de 1 056 personnes représentatives et de 30 consultations d’experts originaires du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Bénin, documente avec rigueur les contours de la désinformation dans l’espace numérique ouest-africain. Il en analyse les formes — mésinformation, malinformation, dsinformation intentionnelle — ses acteurs, ses périodes de recrudescence, et ses conséquences sur la cohésion sociale, les institutions et la démocratie électorale.
Les résultats révèlent un décalage préoccupant entre exposition réelle et perception : si 62% des répondants admettent avoir déjà reçu une fake news, seulement 40% se considèrent exposés à la désinformation. Plus alarmant encore, 86% ignorent l’existence de sites de vérification des faits, et 96% ne connaissent aucune structure de lutte contre la désinformation dans leur pays.
Pour Polaris Asso, l’éducation aux médias et à l’information n’est pas un luxe pédagogique — c’est un impératif démocratique. Les recommandations formulées dans ce document, notamment l’intégration de la citoyenneté numérique dans les curricula scolaires, méritent d’être lues et portées par tous ceux qui croient en une démocratie informée et résistante.
