Si le premier volet du projet INFAUX posait le diagnostic de la désinformation en Afrique, cette seconde publication franchit une étape décisive : elle formule des recommandations concrètes et actionnables issues d’une enquête de grande envergure menée auprès de 1 115 personnes — majoritairement au Sénégal, mais aussi au Bénin et en Côte d’Ivoire — entre décembre 2023 et février 2024, complétée par 30 entretiens avec des journalistes, chercheurs et experts de la désinformation. L’échantillon est représentatif : 49% de femmes, 71% de jeunes de moins de 35 ans, issus des principaux centres urbains.
Les résultats de terrain sont saisissants. 61% des répondants sénégalais déclarent avoir déjà été confrontés à la désinformation sur les réseaux sociaux, et pourtant 87% d’entre eux ne connaissent aucun site de vérification d’informations, tandis que 97% ignorent l’existence de structures de lutte contre la désinformation au Sénégal. Plus alarmant encore : 50% de ceux qui reçoivent des informations douteuses admettent ne pas les vérifier — non par manque de volonté, mais par méconnaissance des outils disponibles. Ces chiffres révèlent un déficit critique d’éducation aux médias, y compris parmi des populations diplômées.
Face à ce constat, le policy brief articule quatre axes de recommandations : premièrement, mettre en place un cadre réglementaire strict tout en préservant la liberté d’expression, en s’appuyant sur la Déclaration de principes de la Commission africaine de 2019 ; deuxièmement, contraindre les plateformes numériques à davantage de transparence et d’investissement local, notamment dans les langues africaines ; troisièmement, soutenir et développer le fact-checking comme outil de premier recours ; et quatrièmement, mener des campagnes massives d’éducation aux médias, ciblant en priorité les jeunes et les personnes âgées, et adaptées aux contextes linguistiques locaux.
Pour Polaris Asso, lutter contre la désinformation, c’est protéger l’espace démocratique lui-même — et ce combat ne peut être gagné sans une mobilisation simultanée des États, des plateformes, des médias indépendants et de la société civile.
