La désinformation n’est pas un phénomène nouveau en Afrique. Bien antérieure à l’ère numérique, elle a longtemps transité par l’oralité, avant de se métamorphoser avec la presse coloniale, puis d’exploser avec l’avènement des réseaux sociaux. Aujourd’hui, avec 85% des Africains possédant un téléphone mobile et 10,2 millions d’internautes au Sénégal en 2023, la désinformation a atteint une échelle industrielle : elle circule plus vite que la vérité, s’appuie sur des émotions fortes, et touche des publics massifs souvent dépourvus d’outils de vérification.
Ce policy brief, produit dans le cadre du projet INFAUX, documente les mécanismes, acteurs et impacts de la désinformation dans trois pays africains — Sénégal, Mali et Côte d’Ivoire — avec un focus particulier sur le contexte préélectoral sénégalais de 2024. Les résultats sont édifiants : au Kenya, 87% des citoyens ont été confrontés à la désinformation avant l’élection présidentielle de 2021 ; en Afrique du Sud, les fake news portent atteinte au droit à l’information de près de 90% des jeunes. Les jeunes, les femmes et les personnes âgées y apparaissent comme les profils les plus vulnérables, faute d’éducation aux médias et aux outils de vérification.
Le document identifie trois catégories d’acteurs de la désinformation : les entrepreneurs politiques qui l’instrumentalisent pour affaiblir l’opposition ou justifier des coups d’État — comme au Mali, au Burkina Faso et au Niger —, les acteurs économiques qui la mobilisent pour protéger leurs intérêts, et enfin les utilisateurs ordinaires qui la propagent sans toujours le faire intentionnellement.
Pour Polaris Asso, lutter contre la désinformation est un impératif démocratique : ce n’est pas seulement une question de vérité factuelle, c’est une question de confiance dans les institutions, de cohésion sociale, et de souveraineté informationnelle des citoyens africains.
