Le Sénégal s’est engagé dans une transformation numérique ambitieuse : plus de 100 démarches administratives dématérialisées, 15 000 km de fibre optique déployés à travers le territoire, et une Stratégie Sénégal Numérique 2025 arrimée au Plan Sénégal Émergent. Les discours politiques font de l’e-gouvernement une priorité nationale. Mais qui, concrètement, bénéficie de cette transformation ? C’est la question centrale de cette enquête, menée par Polaris Asso auprès de 100 participants — fonctionnaires, usagers et experts du numérique — entre août et septembre 2024.
Les résultats sont sans ambiguïté : les progrès sont réels, mais la fracture numérique demeure. Seuls 35% des répondants jugent leur expérience des services publics en ligne satisfaisante, contre 45% la qualifiant de moyenne et 20% d’insatisfaisante. Les obstacles identifiés sont structurels : manque de compétences numériques (44%), coût élevé des services (35%), insuffisance des infrastructures (32%). À cela s’ajoutent une barrière linguistique persistante — la quasi-totalité des services étant disponibles uniquement en français — et une fracture géographique qui relègue les populations rurales, les femmes et les jeunes à faibles revenus en dehors de la promesse d’inclusion numérique.
Des réussites existent pourtant et méritent d’être capitalisées : GAINDE 2000 pour les formalités douanières, le SIMEN pour la gestion scolaire, l’UVS pour l’enseignement à distance, SUNUCMU pour la couverture maladie universelle, ou encore e-Tax pour la fiscalité. Ces expériences de bout en bout prouvent que la dématérialisation est possible et efficace lorsqu’elle est pensée depuis les usagers.
Pour Polaris Asso, la Stratégie Sénégal Numérique 2035, en cours d’élaboration, représente une occasion unique de corriger ces déséquilibres. La technologie ne vaut que si elle rapproche l’État du citoyen — et non l’inverse.
