Au Sénégal, l’âge médian de la population est de 19 ans. Pourtant, les jeunes demeurent largement absents des instances où se décident les politiques qui les concernent en premier. Ce paradoxe — documenté ici avec une rigueur scientifique inédite — n’est pas une fatalité : c’est une question politique. C’est pour le nommer, le comprendre et contribuer à le dépasser que Polaris Asso, en partenariat avec le LASPAD, a mené cette enquête dans cinq communes pilotes — Cambérène, Yoff, Khombole, Thiaroye-sur-Mer et Mékhé — auprès de 202 jeunes femmes et hommes âgés de 18 à 35 ans.
Conduit selon une approche de recherche-action participative, le rapport révèle une réalité contrastée : les jeunes interrogés sont intéressés par les affaires publiques — 58% des 18-24 ans et 73% des 25-35 ans s’en déclarent très intéressés — mais les dispositifs institutionnels existants ne leur parlent pas. Ainsi, 56,93% d’entre eux n’ont jamais contacté un conseiller municipal au cours de l’année écoulée, et 65,84% n’ont jamais eu de contact avec un Conseil communal de la jeunesse, souvent inopérant ou inexistant dans les communes étudiées. Le Conseil de quartier, apolitique et de proximité, est le seul dispositif qui suscite une relative confiance et appropriation par les jeunes.
Les contraintes identifiées sont à la fois conjoncturelles — priorité donnée aux études et à l’emploi — et structurelles : manque de formation à la gouvernance locale, absence de légitimité sociale accordée aux jeunes, pesanteurs socioculturelles qui frappent plus durement encore les jeunes femmes. Les recommandations formulées sont claires : instaurer la parité intergénérationnelle dans les assemblées électives, encourager les candidatures électorales jeunes, établir des quotas, et surtout développer une véritable posture d’écoute de la part des pouvoirs publics, plébiscitée par 45% des répondants.
