@crédit: eyerys

Le cyberespace est aussi un territoire de violences contre les femmes…

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Le cyberespace est aussi un territoire de violences contre les femmes…

Lorsqu’on pense aux violences faîtes aux femmes, on s’intéresse souvent aux crimes dits d’honneur, au harcèlement, au mariage précoce, à la violence physique et verbale, à la violence domestique, etc. Désormais, les faiseurs de violences ont désormais un nouvel espace qu’ils ont transformé en autel de sacrifice pour faire des victimes derrière leur clavier, profitant du voile de l’anonymat. Il s’agit du cyberespace qui, avec sa vague d’avantages, est hanté par plusieurs formes de violences dont le cyber-harcèlement et la majorité des victimes sont des femmes. 

Lorsqu’on pense à la cyber-violence, avant de souligner les attaques virtuelles en tant que telles, il y a une violence symbolique qui existe déjà et que le numérique n’a pas corrigée. Le numérique est encore un outil sur lequel on a transposé les failles de nos sociétés qui portent toujours les séquelles des stéréotypes de genre et ses corollaires, notamment les inégalités entre les hommes et les femmes, ainsi que les inégalité d’accès à l’éducation, à l’emploi, au financement, et aujourd’hui, aux outils numériques. 

La première violence est liée à un accès inégal aux outils numériques. 

L’Afrique, malgré le fait qu’elle ait la croissance la plus rapide en termes de connectivité dans le monde avec un taux de croissance de 4,6%, seules 27% des femmes ont accès à Internet et elles ne sont que 15% à pouvoir l’utiliser. Donc il se pose un double problème d’accès et d’usage. 

Dans la région subsaharienne ; cette fracture se dessine de  traits assez flagrants avec un taux de pénétration d’internet de  33,8 pour cent pour les hommes et de 22,6 pour cent  pour les femmes en 2019. Pire, au fur et à mesure que ce taux d’accès s’améliore, les écarts se creusent au lieu de rétrécir. (Voir tableau ci-dessous). Nous précisons que ces données globales présentent des spécificités si on analyse les situations par pays. Par exemple, au Sénégal, l’écart entre les sexes par rapport à la possession d’un téléphone portable, et à l’utilisation d’internet mobile est de respectivement 4% et 19%, et pour le Nigéria, on note respectivement 7% et 29%.

Source: FAO. 2021. Le développement du numérique visant la parité femmes-hommes: une composante essentielle des interventions face à la covid-19 en Afrique. Accra. https://doi.org/10.4060/cb5055fr

En outre, comme souligné en amont, naviguer sur Internet expose aussi les femmes à d’autres formes de violences. En effet, environ, 70 % des femmes en ligne ont été exposées à une forme de cyber-violence.  Ces cas de violences ont considérablement grimpé à cause de la covid-19. Elles sont souvent victimes de harcèlement sur les réseaux sociaux et les plus malchanceuses, sont exposées à des chantages sous peine de détruire leur e-réputation. 

Le cyber-harcèlement se manifeste par des menaces, des assauts de messages insistants, le vol d’identité, l’humiliation etc. D’ailleurs la Commission de protection des données personnelles du Sénégal (CDP) définit le cyber-harcèlement sous deux aspects. Il est considéré comme le « fait d’utiliser les technologies d’information et de la communication pour porter délibérément atteinte à un individu, de manière répétée dans le temps ». Il s’agit aussi d’une forme d’agression qui se caractérise par la réception non désirée et répétée de messages par SMS ou sur l’internet (MSN, e-mail, réseaux sociaux.) Ce phénomène gagne de l’ampleur et pousserait certaines femmes à associer le fait de se connecter à l’angoisse et le sentiment permanent d’insécurité, ce qui est en soi une injustice en plus.

Une affaire de tous...

Lutter contre les violences faîtes aux femmes c’est prendre en compte tous les espaces où elles sont et où leurs droits sont bafoués ou susceptibles de l’être. 

La sécurité ne peut pas être garantie à cent pour cent, mais il y a des réflexes au niveau individuel à adopter pour augmenter la probabilité d’être à l’abri. 

Ces attitudes commencent par le fait de protéger soi-même ses données personnelles avec de bons mots de passe composés de majuscules, minuscules, de chiffres et de caractères spéciaux (&, @, #, *, %). Un bon mot de passe est composé de tout cela. 

Même s’il n’y a aucun contenu qui puisse justifier ou donner une légitimité à une attaque virtuelle contre une tierce personne, il demeure important de réfléchir avant de publier et surtout d’éviter de partager des contenus qui peuvent attirer des ennuis ou compromettre votre réputation et même parfois avoir un impact sur votre carrière. Il faut de surcroît ne pas hésiter à signaler les comptes malveillants. 

A un niveau collectif, certes, un pays comme le Sénégal a adopté la loi n° 2008-12 du 25 janvier 2008 portant sur la Protection des données à caractère personnel mais on gagnerait à faire connaître l’existence de cette loi pour dissuader les malfaiteurs anonymes, mais aussi il faudrait renforcer les dispositifs ou ajouter une loi qui vise à protéger les droits et libertés des femmes connectées. 

Souvent, il y a la loi, mais veiller à son applicabilité demeure un supplice de Sisyphe. Pour corriger cela au niveau national,  Il serait utile d’intégrer au sein de la Commission sur la protection des données personnelles CDP un organe indépendant chargé de suivre les questions de cyber violences contre les femmes. 

Au niveau continental, on se rend compte qu’il est déjà très difficile de convaincre les Etats à s’approprier certaines lois. A ce propos, l’UA a adopté la Convention sur la cybersécurité et la protection des données personnelles en 2014, mais en janvier 2020, seuls 14 des 55 États membres de l’UA l’avaient signée et sept seulement l’avaient ratifiée.

Pour avancer dans la lutte, il ne faudrait guère en faire un combat pour les femmes et les associations de femmes, les hommes aussi sont concernés dans le bataille consistant à faire appliquer ces lois. 

Aujourd’hui, il demeure urgent de renforcer les capacités des forces de défense et de sécurité dans la surveillance et le suivi des cas de cyber-violence puisque, garantir l’intégrité territoriale c’est aussi être présent sur tout le territoire, dont le “e-territoire”.

Les nouveaux espaces viennent avec de nouvelles violences, et donc complexifient le problème. Il est de la responsabilité de chaque individu de se protéger et de protéger ses proches, particulièrement les femmes. Il revient aux États, aux organisations de la société civile de prendre la mesure de l’urgence d’un problème à la nature changeante et multiforme pour traquer et mettre hors d’état de nuire les malfrats de clavier et sauver celles qu’on tente de nuire surtout les invisibles, les inaudibles, les lointaines, les héroïnes de l’ombre. 

Pour réparer ces injustices liées à des inégalités d’accès et d’usage ainsi qu’aux violences, une nouvelle arme, du cyberféminisme. Ainsi soit-il.

Auteur: Rêveur Ambulant, Brand & Content Manager de Polaris Asso

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