Mariama BARRY

De Mbao aux défis du monde, un parcours d’audace

Il y a une scène que Mariama porte en elle comme une boussole. Sa mère se lève chaque matin à 4 heures. Tous les jours, sans exception. Étudiante, Mariama faisait tout pour être debout avant elle, ou au moins en même temps. Les rares fois où elle traînait au lit, une gêne immédiate l’envahissait. ‘’Comment […]

Il y a une scène que Mariama porte en elle comme une boussole. Sa mère se lève chaque matin à 4 heures. Tous les jours, sans exception. Étudiante, Mariama faisait tout pour être debout avant elle, ou au moins en même temps. Les rares fois où elle traînait au lit, une gêne immédiate l’envahissait. ‘’Comment rester couchée quand, à côté, quelqu’un avait déjà commencé à se battre avec la journée ?’, se disait-elle. Cette exigence silencieuse a fini par s’ancrer en elle : une jeune femme qui a décidé très tôt qu’elle ne se laisserait pas dépasser ni par les circonstances, ni par les doutes, ni par une société qui avait déjà décidé, bien avant qu’elle ne naisse, de ce que les filles devaient ou ne devaient pas faire.

Aujourd’hui, Mariama avance avec cette même rigueur. Formée en Big Data Analytics à l’Université Numérique Cheikh Hamidou Kane, passée par la Sonatel Academy où elle se certifie en cloud, elle construit un parcours à la croisée des données, du numérique et de l’engagement. Elle a fait ses premières armes en CRM chez Polaris Asso, rejoint des initiatives comme Siemens EmpowerHER, et consacre une partie de son temps à accompagner de jeunes filles au Sénégal, au Mali et au Niger. Chez elle, la progression professionnelle ne se dissocie jamais d’un sens du collectif.

La jeune femme vit à Mbao, en périphérie de Dakar. Un territoire traversé par le TER, découpé par l’autoroute à péage, mais encore protégé par une forêt classée qui résiste à l’avancée du béton. « La modernité rencontre la nature », dit-elle. Un contraste qui, à ses yeux, rend l’endroit unique et inspirant.

Transformer l’injustice en trajectoire

Ce qui a le plus marqué l’enfance et l’adolescence de Mariama, c’est quelque chose qu’elle n’a pas vécu comme un traumatisme, mais comme une injustice suffisamment claire pour devenir un moteur. Dans les familles, dans les écoles, dans les esprits, les garçons sont perçus comme les futurs leaders, les plus forts, les plus intelligents, ceux à qui l’on donne plus de chances. Les filles, elles, sont souvent considérées comme des « projets à investissement non rentable », ou comme des « consommatrices » qu’il vaut mieux marier dès que l’occasion se présente.

Mariama n’a pas grandi en criant contre cette réalité. Elle a choisi de la démontrer fausse par les actes, par le parcours, par la persévérance. « À travers mes choix, j’essaie de montrer que cette façon de penser n’est pas toujours vraie, ou plutôt qu’elle n’est tout simplement pas juste. »

De Mbao à l’Europe : l’école de l’audace

Son premier voyage hors d’Afrique, Mariama ne l’a pas fait en touriste. Invitée au Bürgerfest des Bundespräsidenten à Berlin, la fête organisée par le Président fédéral allemand, grâce à sa participation à l’African Girls Can Code Initiative (AGCCI) et au programme Siemens EmpowerHER, elle y a rencontré la Première dame allemande, des hauts fonctionnaires, des dirigeants d’entreprises. Des personnes qui, depuis Mbao, semblaient appartenir à un autre monde.

Cette expérience lui a enseigné une leçon qu’aucun cours n’aurait pu transmettre : ‘’Être un leader ne se résume pas à avoir des compétences ou des responsabilités, mais aussi à inspirer les autres et les aider à révéler leur potentiel. ’ Elle l’a compris en observant ces figures de près, en écoutant leurs paroles, en osant leur parler.

Le programme Siemens EmpowerHER se déroulait entièrement en anglais. À l’époque, Mariama ne maîtrisait pas encore la langue. Trois mois à Munich, des discussions constantes avec des anglophones, la pression de comprendre et d’être comprise : l’inconfort était permanent. Et elle l’a fait.

‘’Cette expérience m’a appris que rien n’est impossible si l’on se donne les moyens d’avancer. Elle m’a aussi montré que les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui peuvent devenir nos forces de demain.’ Ce n’est pas une formule : c’est une leçon vécue dans le corps, dans l’inconfort, dans la fierté qui suit l’effort.

Polaris Asso : ‘’le Déclic Entrepreneurial’’

C’est lors d’un discours d’Ousseynou Gueye, directeur exécutif de Polaris, dans le cadre du programme AGCCI (African Girl Can Code Initiative) de Onu Femmes en partenariat avec Polaris Asso et le Gouvernement du Sénégal, que Mariama entend parler pour la première fois de Polaris Asso et d’une formation appelée Déclic Entrepreneurial. La façon dont Ousseynou parle des richesses de l’Afrique, des raisons qui l’ont poussé à rentrer au Sénégal pour contribuer au développement du continent résonne dans sa tête. Elle postule et est sélectionnée pour suivre cette formation qui impactera son parcours.

À ce moment-là, elle le reconnaît honnêtement, qu’elle n’avait encore aucune idée de ce que l’engagement signifiait vraiment. Son objectif était simple : obtenir ses diplômes, trouver un travail. Elle se cherchait, avançait dans ses études, commençait tout juste à réaliser qu’il était possible de combiner réussite personnelle et impact sur la communauté. Polaris Asso a été le lieu où cette possibilité est devenue concrète.

Elle a ensuite travaillé huit mois chez Polaris comme CRM Manager stagiaire. Le moment qui l’a le plus marquée n’est pas le plus spectaculaire, c’est le jour où elle a présenté l’outil CRM sur lequel elle travaillait avec son manager. En présentant ses réalisations devant toute l’équipe, elle a vu les regards. Admiratifs. Attentifs. Elle n’avait pas l’habitude qu’on l’écoute avec cette attention-là. « C’est l’une des choses que j’apprécie chez Polaris : chacun est écouté et respecté, peu importe son niveau hiérarchique », témoigne-t-elle.

Le mentorat comme « une lumière qui guide dans l’obscurité »

Aujourd’hui, Mariama est mentor pour de jeunes filles bénéficiaires de l’AGCCI au Sénégal, au Mali et au Niger. Ce rôle-là, elle ne l’a pas choisi par obligation ou par stratégie. Elle l’a choisi parce qu’elle se souvient exactement de ce que cela a changé pour elle : au début du programme Siemens EmpowerHER, une mentor sud-africaine lui a été assignée. Être guidée, conseillée, encouragée par quelqu’un qui avait déjà traversé ce qu’elle traversait, cela a eu un impact énorme sur son parcours. « Cette expérience a été un déclic. Aujourd’hui, c’est à mon tour. »

Elle décrit le mentorat comme « une lumière qui guide dans l’obscurité ». Ce n’est pas une métaphore décorative. C’est une image qui vient d’une expérience réelle, de ces moments où l’on ne sait pas où l’on va et où quelqu’un arrive avec une lampe, pas pour faire le chemin à votre place, mais pour qu’on puisse voir où poser le pied.

Les obstacles que rencontre Mariama ne sont pas tous techniques. Il y a le manque de ressources (ordinateurs performants, connexion internet stable) et le manque d’encadrement pour les jeunes qui veulent évoluer dans la tech. Mais il y a aussi quelque chose de plus insidieux, de plus difficile à nommer parce que tellement ancré dans le quotidien qu’il paraît normal à ceux qui ne le vivent pas. Lors des réunions, certaines filles doivent partir plus tôt ou s’absenter, parce qu’elles ont le repas à préparer, les tâches ménagères à assurer. Un garçon dans la même situation resterait sans que personne ne le remarque. « Ce sont des inégalités avec lesquelles beaucoup d’enfants grandissent, et qui deviennent parfois tellement ancrées que certaines personnes finissent par penser que c’est normal. » Mariama ne s’y résigne pas. Ces réalités-là sont pour elle une source de motivation supplémentaire, une raison de plus de continuer à apprendre, à s’engager, à créer des opportunités pour les autres.

Avancer malgré la peur

Dans cinq ans, Mariama se voit travailler sur des projets technologiques à fort impact, cybersécurité, data, intelligence artificielle. Elle veut développer des solutions pour l’agriculture : des systèmes automatisés capables de gérer la croissance des plantes, l’arrosage, les étapes de récolte. Elle se voit aussi en position de manager, dirigeant des équipes, construisant des solutions utiles pour les communautés africaines. Et elle veut continuer à militer pour la place des filles dans les TIC, accompagner, inspirer, transmettre.

Elle avance avec une conviction forgée par l’expérience : ‘’ Le courage ne consiste pas à ne jamais avoir peur, mais à avancer malgré elle.’ À un jeune hésitant, elle dirait : ne pas attendre que tout soit parfait, saisir les opportunités, rêver grand, ne pas se créer de limites. « Ta situation actuelle ne doit pas définir ton futur. Et surtout, ne cesse jamais d’apprendre. » C’est le message de quelqu’un qui se lève tôt, très tôt, et qui sait exactement pourquoi.

 

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