Maïmouna KOUAKOU

L'art d'être soi au service des autres

Une enfance simple, riche humainement Maïmouna a grandi principalement avec ses grands-parents, ses parents étant souvent absents. Ce n’était pas une enfance solitaire pour autant, c’était une enfance collective, entourée d’autres enfants, de partage, de joie simple. Très tôt, l’absence de ses parents l’a amenée à ne compter que sur elle-même, à se débrouiller, à […]

À la maison, ils l’appellent « notre star » ou « notre intellectuelle », des sobriquets affectueux, parfois drôles, qui la font sourire. Mais derrière ces mots, ce qu’elle ressent avant tout, c’est la tendresse et la fierté silencieuse de ceux qui la regardent grandir. Maïmouna Kouakou a 23 ans. Elle est étudiante en Master 2 de gestion de projets à l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA), formatrice bénévole qui a accompagné plus de mille jeunes, militante présente à chaque dialogue citoyen que Polaris Asso organise

Elle pilote également le programme Mentorat de Polaris, conçu pour accompagner de jeunes filles issues de milieux défavorisés dans leurs parcours d’étude. Un chemin qui ne ressemble en rien à ce qu’on attendrait d’une jeune femme née à Djemissikro, dans la sous-préfecture de Maféré, dont le souvenir d’enfance le plus ancré est celui d’écrevisses attrapées au marigot, frites à l’huile rouge et mangées avec de l’attiéké au coucher du soleil.

Une enfance simple, riche humainement

Maïmouna a grandi principalement avec ses grands-parents, ses parents étant souvent absents. Ce n’était pas une enfance solitaire pour autant, c’était une enfance collective, entourée d’autres enfants, de partage, de joie simple. Très tôt, l’absence de ses parents l’a amenée à ne compter que sur elle-même, à se débrouiller, à apprendre à tenir sans que personne ne lui tende les choses toutes faites.

Cette autonomie précoce est devenue avec le temps une forme de résilience profonde, discrète, qui ne fait pas de bruit mais qui tient sur la durée. « Aujourd’hui, je me plains rarement, parce que j’ai appris à apprécier ce que j’ai et à avancer avec force, même lorsque les choses ne sont pas faciles », confie-t-elle.

C’est de là qu’elle parle d’une enfance simple mais riche humainement, d’un apprentissage de la force intérieure fait dans le quotidien ordinaire d’un village, loin des grandes villes et de leurs opportunités. Cette réalité-là, elle ne l’a pas oubliée en arrivant à Abidjan. Elle la porte, et c’est précisément elle qui nourrit son regard sur les jeunes qu’elle accompagne : la conviction que les trajectoires brillantes ne commencent pas toujours dans des conditions brillantes.

Koumassi Sicogi : voir les blessures et croire quand même

À Koumassi Sicogi, le quartier d’Abidjan où elle vit aujourd’hui, l’énergie est là, populaire, vivante, dynamique. Mais ce qu’elle observe aussi lui pèse : des jeunes qui glissent vers la drogue, des adolescentes qui abandonnent leurs études à cause de grossesses précoces et d’un manque d’accompagnement. Maïmouna attire l’attention sur le fait qu’ « on regarde seulement la conséquence, mais on ne parle pas assez du manque d’écoute, d’information, d’encadrement et de soutien. »

Derrière chaque abandon scolaire, dit-elle, il y a un avenir fragilisé, un rêve interrompu, et parfois une jeune fille laissée seule face à une situation trop lourde pour son âge. C’est cette réalité-là, concrète et invisible à la fois, qui est au cœur de son engagement.
Pourtant, son regard n’est pas sombre, il est lucide. Elle voit les blessures et les blocages, et elle voit aussi, à côté, une jeunesse qui commence à se réveiller, à s’interroger, à chercher sa place autrement.

« La jeunesse n’est pas seulement confrontée à des problèmes : elle porte aussi des solutions », insiste-t-elle. Cette conviction, elle l’a construite en allant à la rencontre des jeunes, depuis bien avant qu’elle ait les mots pour la formuler.

Le collège, ou le temps de la transmission innée

L’engagement de Maïmouna ne vient pas d’un moment de bascule. Il s’est installé progressivement, depuis le collège, où ses camarades venaient naturellement la trouver pour qu’elle leur explique les cours. Ses professeurs l’avaient remarqué : quand Maïmouna reformulait avec ses propres mots, les autres comprenaient plus facilement. Cette capacité à rendre les choses accessibles, à accompagner sans condescendance, à transmettre en restant proche des gens…, elle a mis du temps à comprendre que c’était une force, et qu’avec elle venait une responsabilité.

C’est cette force-là qu’elle a mise au service de Social Change Factory (SCF), où elle s’est engagée comme formatrice bénévole, formant plus de mille jeunes sur des thématiques comme la gestion de projet, la conscience de soi, la confiance en soi et l’entrepreneuriat social. Pour elle, ce type d’action dépasse la transmission de connaissances. Il s’agit d’aider des jeunes à mieux se connaître, à croire en leurs capacités, et à se projeter dans l’avenir avec suffisamment de clarté pour oser agir.

Un atelier dans un garage automobile… aller vers les gens là où ils sont

C’est via le responsable programme de SCF qu’elle a été recommandée à Polaris Asso, en tant que jeune leader dans le cadre du projet Kouman notamment pour un dialogue Parlons 225. Elle y est intervenue, puis dans d’autres dialogues citoyens en ligne et en présentiel, ateliers, campagnes. Ce passage a consolidé ce qu’elle savait déjà faire comme prendre la parole, animer, mobiliser tout en lui donnant conscience qu’elle pouvait aller bien au-delà de ce qu’elle imaginait.

Parmi les moments qui l’ont le plus marquée, il y en a un qu’elle raconte avec une précision particulière : une activité avec des jeunes du secteur informel, organisée non pas dans une salle neutre mais directement dans un garage automobile, leur propre environnement, leur propre territoire. Ce choix n’était pas anodin. « Il montrait qu’un vrai engagement consiste aussi à aller vers les gens là où ils sont, à écouter leur réalité sans attendre qu’ils viennent à nous », explique-t-elle.

Cette leçon-là qui consiste à aller vers plutôt qu’attendre est devenue l’une des pierres angulaires de sa façon de concevoir l’accompagnement, et elle la porte maintenant dans le programme Mentorat qu’elle pilote pour Polaris Côte d’Ivoire.

Brut Afrique, le Mentorat et la figure qui répond toujours présente

Sa participation au Grand Talk final de Brut Afrique sur la perception des jeunes face aux élections de 2025 marque un cap dans sa trajectoire : prendre la parole publiquement, devant les caméras, sur un sujet politique et générationnel, au nom d’une collectivité. Et accepter de piloter le programme Mentorat de Polaris CI en dit autant sur qui elle est : quelqu’un qui, quand on lui fait confiance pour accompagner d’autres, ne recule pas.

Ces deux engagements vont dans des directions complémentaires, la parole publique d’un côté, la transmission intime de l’autre et tous deux lui ressemblent profondément.

La personne sans qui tout cela ressemblerait à autre chose, c’est sa mère. Elle l’a perdue il n’y a pas longtemps, et l’absence a laissé un vide réel, difficile à nommer. Mais sa mère reste sa source de motivation la plus profonde. Une femme dévouée aux autres, qui lui a transmis cet esprit de générosité et de service bien avant qu’elle comprenne ce que ces mots voulaient dire, et qui lui répétait qu’elle voulait voir sa fille aller le plus loin possible dans ce qu’elle fait. Ces paroles-là ne s’effacent pas.

« À chaque fois que je pense à abandonner, je repense à cela, et ça me redonne de la force », dit-elle. Il y a aussi ses frères et sœurs, pour qui elle se doit d’être un modèle non pas par obligation, mais par amour.

Être soi-même ou se perdre à vouloir faire comme les autres

Dans cinq ans, Maïmouna se voit responsable de programme dans une organisation qui œuvre pour l’accompagnement des jeunes, des femmes et des enfants. Ce n’est pas un rêve, c’est une ambition de terrain, précise et ancrée dans ce qu’elle fait déjà. Concevoir, coordonner et porter des actions utiles et durables pour des publics qui ont besoin d’être soutenus et valorisés : c’est exactement ce à quoi elle s’entraîne depuis des années, sans toujours se rendre compte que c’est cela, son métier.

La phrase qu’elle porte comme une boussole, elle la dit à elle-même autant qu’aux autres : « Vous êtes unique en votre genre. Vous êtes juste comme vous êtes. Soyez vous-même, sinon vous vous perdrez à vouloir faire comme les autres. »

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